Colocation hasardeuse
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Colocation hasardeuse

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Sous la douche
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Chapter 1 of 2

Sous la douche

La musique punk-rock couvre le bruit de la douche quand Jisung pousse la porte de la salle de bain, ses doigts encore sur la poignée. Jo est là, sous le jet, de dos, l'eau traçant des ruisseaux sur ses épaules tatouées de fleurs, ses petits seins arrogants invisibles mais présents dans sa posture. Il reste figé, le regard glissant sur les motifs floraux de son dos, l'excitation montant comme une vague chaude dans son ventre. Sa main se serre sur la poignée, la tentation de s'approcher, de la toucher, de lui avouer ses sentiments, lutte contre l'instinct de reculer. Il fait un pas en arrière, mais le plancher craque, et Jo tourne la tête, ses yeux le trouvant dans le miroir embué.

La musique traversait le mur de sa chambre à elle, un riff de guitare agressif et une batterie qui martelait comme un cœur en colère. Ça couvrait tout. C'était le but, probablement. Jo écoutait toujours ce genre de trucs quand elle voulait noyer le silence de l'appartement, et ce soir, le volume était poussé à un niveau qui aurait fait fuir les voisins. Jisung poussa la porte de la salle de bain sans réfléchir, la main déjà sur la poignée, l'esprit ailleurs — son chargeur de téléphone était resté sur le rebord du lavabo ce matin, et il avait besoin de vérifier ses messages avant que Minho ne lui vole son téléphone pour la énième fois de la soirée.

La vapeur l'enveloppa immédiatement, chaude et humide, chargée de l'odeur du savon et de la pierre mouillée. Le miroir au-dessus des vasques était complètement embué, ne renvoyant que des silhouettes floues et déformées. L'air était lourd, saturé, presque irrespirable, et pendant une seconde, il se demanda si Jo avait laissé couler l'eau chaude trop longtemps avant de sortir.

Puis il entendit le jet.

Le bruit de l'eau qui frappait le sol de la douche, régulier, rythmé, couvert par la basse qui vibrait à travers les carreaux. Le punk-rock hurlait quelque chose sur l'amour et la destruction, et Jisung resta figé, la main toujours serrée sur la poignée de la porte, le métal froid contre sa paume moite.

Elle était là.

Jo était sous la douche, de dos, à travers la paroi de verre dépoli qui ne laissait deviner que des courbes et des ombres. L'eau ruisselait sur ses épaules, traçant des ruisseaux qui suivaient les lignes de ses tatouages floraux, les pétales et les tiges qui grimpaient le long de sa colonne vertébrale comme un jardin sauvage planté sous sa peau. Il ne pouvait pas voir les détails à travers le verre embué, mais il les connaissait par cœur. Il les avait étudiés assez de fois, quand elle portait des débardeurs en été, quand elle se penchait pour attraper quelque chose et que le tissu glissait, révélant un aperçu des fleurs qui continuaient plus bas.

Il aurait dû partir.

C'était la chose logique à faire. La chose normale. La chose que n'importe quel colocataire respectable ferait: tourner les talons, refermer la porte sans faire de bruit, et aller s'occuper de lui-même dans le salon en attendant que la salle de bain se libère. C'était simple. C'était évident. C'était ce qu'il aurait fait si elle avait été n'importe qui d'autre.

Mais elle n'était pas n'importe qui d'autre.

Elle était Jo. Johanna. La femme qui avait débarqué dans sa vie dix mois plus tôt avec ses cartons de livres et ses plantes vertes et son parfum de pomme verte et de fleur de tiaré qui imprégnait tout l'appartement, qui s'accrochait aux rideaux et aux serviettes et aux pulls qu'il portait — il avait arrêté de se demander si c'était volontaire. Elle avait trente-six ans, dix de plus que lui, et elle le regardait parfois comme s'il était un gamin qui venait de faire une bêtise, avec ce sourire en coin qui le faisait brûler de l'intérieur.

Et il était là, debout dans la vapeur chaude, à la regarder sous la douche à travers une paroi de verre dépoli, le cœur cognant si fort qu'il l'entendait presque par-dessus la musique.

Sa main se serra sur la poignée.

Il pouvait partir. Il le savait. Un pas en arrière, la porte qui se referme, et elle ne saurait jamais qu'il avait été là. Il pourrait retourner dans le salon, s'affaler sur le canapé, faire comme si de rien n'était quand elle sortirait de la douche avec ses cheveux mouillés et ses joues rougies par la chaleur. Il faisait ça depuis des mois — faire comme si de rien n'était, comme si son cœur ne s'emballait pas chaque fois qu'elle riait, comme s'il ne passait pas des nuits entières à fixer le plafond en pensant à elle.

Mais ses jambes ne bougeaient pas.

L'eau coulait sur ses épaules, et il la regardait, et il ne pouvait pas détourner le regard. Ses petits seins arrogants — c'était comme ça qu'elle les appelait, avec ce rire franc qui lui tordait le ventre — étaient invisibles de dos, mais il les imaginait sans effort, la façon dont ils se soulevaient quand elle respirait, la façon dont elle les assumait pleinement, sans jamais se cacher, sans jamais avoir honte de son corps marqué par des années de vie malheureuse.

Il la voulait.

Le mot lui traversa l'esprit comme une décharge électrique, cru et brutal et impossible à nier. Il la voulait, il l'avait toujours voulue, depuis ce premier soir où elle était arrivée avec ses cartons et son regard direct qui défiait quiconque de la sous-estimer. Il avait vingt-six ans, il était censé être au-dessus de ça, il était censé être sorti avec des filles de son âge, des filles qui ne le regardaient pas comme un gamin, des filles qui ne sentaient pas la pomme verte et la fleur de tiaré.

Mais il ne pensait qu'à elle.

La tentation monta en lui comme une vague chaude dans son ventre, lui nouant les entrailles. Il pouvait s'approcher. Pousser la porte de la douche. La surprendre, la voir se retourner, la voir le regarder avec ces yeux directs qui défiaient le monde entier. Il pouvait lui dire ce qu'il ressentait, là, maintenant, dans la vapeur chaude et la musique punk-rock et l'odeur de son savon qui imprégnait l'air. Il pouvait tendre la main et toucher les fleurs tatouées sur son dos, suivre les pétales du bout des doigts, sentir sa peau chaude et humide sous sa paume.

Il pouvait la posséder.

Le mot lui fit l'effet d'une brûlure. Posséder. Comme si elle était une chose, comme si elle était un objet à prendre. Mais c'était ce qu'il ressentait, cette pulsion animale et viscérale qui lui tordait le ventre et lui serrait la gorge, cette envie de la faire sienne d'une manière qu'il ne pouvait pas nommer. Il avait passé des mois à la désirer en silence, à la regarder de loin, à s'imaginer des scénarios qui ne se réaliseraient jamais.

Il fit un pas en arrière.

Le plancher craqua sous son poids.

Le son traversa la vapeur comme un coup de feu, net et distinct malgré la musique qui hurlait toujours à travers le mur. Jisung se figea, le souffle coupé, les yeux écarquillés. Il vit la silhouette sous la douche se raidir, les épaules se tendre, la tête commencer à tourner lentement, comme si elle cherchait la source du bruit.

Son regard la trouva dans le miroir embué.

À travers la buée qui couvrait la surface du verre, il ne pouvait voir que des contours, des ombres, des formes floues. Mais il savait qu'elle le regardait. Il pouvait le sentir, cette conscience soudaine d'être vu, d'être découvert, ce frisson qui lui remontait le long de la colonne vertébrale comme une étincelle électrique.

Sa main se serra sur la poignée de la porte.

La musique continuait de hurler, la basse vibrant à travers les carreaux de la salle de bain, mais Jisung n'entendait plus rien. Tout ce qu'il percevait, c'était le bruit de sa propre respiration, trop rapide, trop bruyante, et le martèlement de son cœur qui menaçait de lui briser les côtes. La vapeur chaude s'accrochait à sa peau, faisant perler une goutte de sueur à sa tempe, indépendante de la chaleur de la douche, purement nerveuse.

Elle n'avait pas bougé.

Elle était toujours là, sous le jet, de dos, la tête légèrement tournée, comme si elle écoutait, comme si elle attendait. Le verre dépoli ne laissait rien voir de ses traits, rien voir de l'expression sur son visage, et c'était presque pire que tout. Il ne savait pas si elle avait compris que c'était lui. Il ne savait pas si elle était en train de sourire ou de froncer les sourcils. Il ne savait pas si elle allait se retourner complètement, pousser la porte de la douche, et le confronter, là, dans la vapeur chaude et l'odeur de son savon.

Il aurait dû partir.

Il le savait. Il le savait avec une clarté absolue, cette voix rationnelle au fond de son crâne qui lui hurlait de tourner les talons, de refermer la porte, de faire comme si cette minute n'avait jamais existé. Mais son corps ne lui obéissait plus. Ses jambes étaient en plomb, sa main était vissée à la poignée de la porte, et ses yeux restaient fixés sur la silhouette dans la douche, sur les épaules tatouées, sur la courbe de son dos que l'eau ruisselait.

La goutte de sueur glissa le long de sa tempe.

Le silence entre eux — si on pouvait appeler ça un silence, avec la musique punk-rock qui continuait de cracher ses riffs à travers le mur — était chargé d'une tension si épaisse qu'il aurait pu la couper au couteau. Chaque seconde qui passait semblait durer une éternité, chaque battement de son cœur résonnait dans sa poitrine comme un tambour. Il pouvait sentir l'odeur du savon de Jo, la pomme verte et la fleur de tiaré qui se mélangeaient à la vapeur chaude, qui imprégnaient ses poumons à chaque respiration, qui lui rappelaient tout ce qu'il ressentait pour elle.

Elle bougea.

Ce n'était qu'un léger mouvement, un déplacement de poids d'un pied sur l'autre, mais Jisung le sentit comme une décharge électrique. Il vit ses épaules se redresser, sa tête se tourner un peu plus, comme si elle cherchait à confirmer ce qu'elle avait entendu. Il aurait pu jurer qu'elle retenait son souffle, qu'elle attendait quelque chose, qu'elle savait exactement qui se tenait derrière la porte de la salle de bain.

La décision n'était pas encore prise.

Il pouvait encore partir. Un pas en arrière, la porte qui se referme, et cette scène ne serait plus qu'un souvenir gênant qu'il s'efforcerait d'oublier en se convaincant que ce n'était pas si grave. Il avait fait ça toute sa vie, après tout — reculer, se cacher, faire comme si ses sentiments n'existaient pas. C'était plus facile. C'était plus sûr. C'était ce que n'importe qui de raisonnable ferait.

Mais il n'avait jamais été raisonnable quand il s'agissait d'elle.

Le joint de caoutchouc en bas de la porte de la salle de bain était craquelé, fissuré par des années d'humidité et de chaleur. Jisung le remarqua sans le voir vraiment, son esprit trop occupé à courir dans toutes les directions à la fois, à peser le pour et le contre, à essayer de décider ce qu'il allait faire. La musique continuait de hurler à travers le mur, la batterie martelant un rythme frénétique qui semblait résonner dans sa poitrine, et il se demanda soudain si c'était une chanson qu'elle aimait particulièrement, si elle l'avait mise exprès, si elle savait quelque chose.

Non. C'était stupide. Elle ne savait rien. Elle ne pouvait pas savoir. Il avait été trop prudent, trop discret, trop doué pour cacher ce qu'il ressentait. Minho était le seul à qui il en parlait, et Minho ne dirait jamais rien — même s'il ne comprenait pas pourquoi son meilleur ami s'entêtait à détester Jo alors qu'elle n'avait rien fait pour mériter ça.

La silhouette sous la douche bougea encore.

Jisung sentit sa gorge se serrer.

Elle allait se retourner. Il le savait, il le sentait dans chaque fibre de son être, cette certitude absolue que la seconde suivante allait tout changer. Elle allait se retourner, elle allait le voir à travers le verre dépoli, elle allait pousser la porte de la douche et le confronter, et il n'aurait plus nulle part où se cacher. Il devrait faire face à la réalité de ce qu'il ressentait, à la réalité de ce qu'il voulait, à la réalité de cette chose qui le consumait depuis des mois.

Sa main se serra sur la poignée.

Le métal froid contre sa paume, la goutte de sueur qui glissait le long de sa tempe, la musique qui hurlait dans ses oreilles, l'odeur de pomme verte et de fleur de tiaré qui imprégnait l'air — tout semblait se figer dans un instant suspendu, un moment hors du temps où il était encore possible de faire un choix. Un pas en arrière, et il pourrait oublier. Un pas en avant, et il ne pourrait plus jamais revenir en arrière.

Jo tourna la tête.

Juste un peu. Juste assez pour que Jisung voie la courbe de sa joue, l'ombre de son profil à travers le verre embué, la façon dont ses cheveux mouillés collaient à sa peau. Elle ne se retourna pas complètement. Elle ne poussa pas la porte de la douche. Elle resta là, immobile, la tête légèrement inclinée, comme si elle écoutait quelque chose, comme si elle attendait que le silence se fasse en elle.

Jisung ne bougea pas.

Il ne pouvait pas bouger. Il était figé, les yeux fixés sur la silhouette dans la douche, le cœur battant si fort qu'il avait l'impression que tout son corps vibrait au rythme de la batterie qui continuait de marteler à travers le mur. Il ne savait pas si elle l'avait vu. Il ne savait pas si elle savait qu'il était là. Mais il savait qu'il ne pouvait plus reculer.

Le pas n'était pas encore fait.

La décision n'était pas encore prise.

Sa main quitta la poignée.

Le geste fut presque involontaire, comme si ses doigts avaient décidé sans lui, comme si son corps en avait assez d'attendre que son cerveau se mette d'accord. Le métal froid céda la place à l'air chaud et humide, et il sentit le contraste sur sa paume, la vapeur qui s'accrochait à sa peau comme une caresse insistante.

Un pas.

Le carrelage était chaud sous ses baskets, presque brûlant, chauffé par des heures d'eau chaude qui avaient saturé la pierre. Le bruit de ses semelles sur les dalles semblait assourdissant dans le silence relatif entre deux riffs, et il retint son souffle, guettant une réaction de la silhouette derrière le verre dépoli.

Elle ne bougea pas.

Deux mètres. C'était tout ce qui le séparait d'elle. Deux mètres de carrelage humide, de vapeur tourbillonnante, de musique qui continuait de cracher sa rage à travers le mur. Deux mètres qui pouvaient encore être parcourus en sens inverse, si ses jambes consentaient à lui obéir.

Elles n'obéirent pas.

Son pied se leva, puis se posa plus près de la douche. Encore un pas. La chaleur devenait plus intense à mesure qu'il approchait, le jet d'eau martelant le sol avec une régularité hypnotique, et il pouvait maintenant distinguer les motifs floraux qui grimpaient le long de sa colonne vertébrale, les pétales sombres qui s'entrelaçaient entre ses omoplates, le jardin sauvage qu'il avait si souvent imaginé du bout des doigts.

Sa main se leva.

Il la regarda comme si elle appartenait à quelqu'un d'autre, cette main qui s'approchait de la porte coulissante de la douche, qui touchait le cadre en aluminium, qui sentait le métal tiède sous ses doigts. Le verre dépoli était couvert de buée, des gouttelettes d'eau qui glissaient lentement vers le bas, traçant des chemins sinueux à travers la condensation.

Il pouvait encore s'arrêter.

Sa main pouvait retomber le long de son corps, ses pieds pouvaient faire demi-tour, sa bouche pouvait inventer une excuse pour plus tard, un mensonge propre et pratique sur un besoin pressant d'utiliser les toilettes, sur un oubli de chargeur, sur n'importe quoi qui ne le ferait pas passer pour un pervers aux yeux de la femme qu'il désirait depuis des mois.

Mais sa main ne retomba pas.

Ses doigts se refermèrent sur le bord de la porte coulissante, et il poussa.

Le verre glissa sur ses rails avec un bruit sourd, un grincement de métal et de caoutchouc qui sembla résonner dans toute la pièce. La vapeur s'engouffra dans l'ouverture, chaude et épaisse, chargée de l'odeur du savon et de la pomme verte et de la fleur de tiaré, et pendant un instant, il ne vit plus rien. Juste de la buée. Juste de la chaleur. Juste le martèlement de son cœur qui lui écrasait la poitrine.

Puis l'air se dissipa, et il la vit.

Jo se retourna lentement, les mains le long du corps, l'eau ruisselant sur ses épaules et ses bras, traçant des rivières le long des tatouages floraux qui couvraient sa peau. Ses cheveux bruns étaient plaqués contre son crâne, dégoulinants, et son visage était rougi par la chaleur, ses yeux écarquillés, ses lèvres entrouvertes sur une inspiration qu'elle n'avait pas finie.

Elle le regarda.

Et il la regarda.

Les secondes s'étirèrent, élastiques, impossibles. La musique continuait de hurler quelque chose sur l'amour et la perte, mais Jisung n'entendait plus que le bruit de l'eau qui tombait entre eux, le jet qui frappait le sol de la douche, les gouttelettes qui éclaboussaient le carrelage à ses pieds. Il sentait la chaleur l'envelopper, la vapeur s'accrocher à ses vêtements, l'humidité imprégner son t-shirt, mais il ne pouvait pas détourner le regard.

Elle était là. Elle était réelle. Elle était nue devant lui, l'eau ruisselant sur ses petits seins arrogants — il les voyait maintenant, il les voyait enfin, la façon dont ils se soulevaient à chaque respiration, la façon dont elle les assumait sans honte, sans geste pour se cacher, sans un mot pour briser le silence qui les engloutissait.

Sa bouche s'ouvrit. Aucun son n'en sortit.

Jo pencha la tête, une mèche de cheveux mouillés glissant sur sa tempe, et son regard direct, ce regard qui défiait le monde entier, se planta dans le sien. Elle ne cria pas. Elle ne se cacha pas. Elle ne lui demanda pas de partir.

Elle attendit.

Le jet d'eau continuait de tomber entre eux, frappant le sol avec une régularité obsédante, et Jisung sentit ses genoux faiblir, sa gorge se serrer, son cœur cogner si fort qu'il avait l'impression que tout son corps vibrait. Il pouvait voir les gouttelettes qui perlaient sur ses épaules, qui suivaient les lignes des fleurs tatouées sur ses bras, qui glissaient le long de ses hanches avant de tomber dans le vide.

Il pouvait voir tout.

Et il ne pouvait pas parler.

« Tu comptes rester planté là? »

Sa voix traversa le bruit de l'eau, sèche et directe, sans trace de colère ni de peur. Juste cette franchise qui le désarmait toujours, ce regard qui ne cillait pas, cette façon qu'elle avait de ne jamais reculer devant rien.

Jisung déglutit. Le son fut audible dans le silence relatif entre deux accords de guitare.

« Je... » Il s'arrêta. Sa voix était rauque, étranglée, à peine reconnaissable. « Je suis désolé. Je ne savais pas que tu étais là. »

Le mensonge lui brûla la langue. Il le savait. Il l'avait su dès l'instant où il avait poussé la porte, dès l'instant où il avait vu la silhouette à travers le verre dépoli, dès l'instant où il avait choisi de rester au lieu de partir.

Jo ne sourit pas. Ne fronça pas les sourcils. Elle le regarda, simplement, avec cette intensité qui lui donnait l'impression d'être transparent, d'être réduit à l'essentiel, d'être vu pour la première fois de sa vie.

« Le chargeur est sur le rebord du lavabo. »

Sa voix était calme. Trop calme. Comme si elle avait su depuis le début, comme si elle avait entendu la porte s'ouvrir, comme si elle avait compté les secondes avant qu'il ne fasse le premier pas. Elle savait. Elle avait toujours su.

Jisung sentit ses joues s'embraser. La chaleur de la vapeur n'expliquait pas cette brûlure, ce feu qui lui montait à la gorge et lui serrait la poitrine. Il baissa les yeux, incapable de soutenir son regard, et ses yeux tombèrent sur ses seins, sur l'eau qui ruisselait entre eux, sur la courbe de ses hanches que le jet continuait de caresser.

Il releva la tête. Il ne pouvait pas faire autrement.

« Je ne suis pas venu pour le chargeur », dit-il.

La phrase tomba entre eux, lourde et définitive, impossible à reprendre. Le silence qui suivit fut plus bruyant que la musique, plus intense que le bruit de l'eau, plus dense que la vapeur qui continuait de tourbillonner autour d'eux.

Jo ne bougea pas. Son regard ne cilla pas. Mais quelque chose changea dans ses yeux, une lueur qu'il n'avait jamais vue, une fissure dans l'armure qu'elle portait si bien.

« Je sais », dit-elle.

L'eau continuait de tomber entre eux.

Jisung sentit sa respiration se bloquer dans sa poitrine. Elle savait. Elle avait toujours su. Tous ces mois à se croire discret, à penser qu'il cachait bien son jeu, à s'imaginer que ses regards et ses silences passaient inaperçus — et elle savait. Elle avait vu. Elle avait compris.

« Pourquoi tu n'as jamais rien dit? »

Sa voix était à peine un murmure, couvert par le bruit du jet, mais il savait qu'elle l'avait entendu. Il le voyait dans la façon dont ses yeux s'étaient adoucis, dans la façon dont ses épaules s'étaient légèrement détendues, dans la façon dont elle avait incliné la tête, comme si elle pesait sa réponse.

« Parce que tu n'étais pas prêt à l'entendre », dit-elle enfin.

L'eau coulait sur ses épaules. Sur ses seins. Sur ses hanches. Sur les fleurs tatouées qui grimpaient le long de ses bras et de son dos. Et Jisung la regardait, la regardait vraiment, sans le voile du verre dépoli, sans la distance de la pièce d'à côté, sans l'excuse du hasard ou de la coïncidence.

Il la regardait parce qu'il ne pouvait pas faire autrement.

« Et maintenant? »

La question lui échappa avant qu'il puisse la retenir. Elle pendit dans l'air humide, chargée de tout ce qu'il n'avait jamais osé dire, de tous les mots qu'il avait avalés pendant des mois, de tout ce désir qu'il avait cru cacher sous des couches de sarcasme et de distance.

Jo passa une main dans ses cheveux mouillés, les ramenant en arrière, découvrant son front et ses tempes. Le geste était lent, presque délibéré, comme si elle lui donnait le temps de la voir, de la regarder, de comprendre ce qu'il voyait.

« Je ne sais pas », dit-elle. « C'est à toi de me le dire. »

Le défi était là, dans sa voix, dans son regard, dans la façon dont elle restait immobile sous le jet, sans se cacher, sans se couvrir, sans lui faciliter la tâche. Elle ne ferait pas le premier pas. Elle ne déciderait pas à sa place. Elle attendait qu'il choisisse, qu'il assume, qu'il fasse enfin ce qu'il avait envie de faire depuis le premier jour.

Jisung fit un pas en avant.

L'eau chaude l'atteignit, éclaboussant ses baskets, mouillant son jean, imprégnant son t-shirt. La vapeur l'enveloppa, dense et brûlante, et il sentit la chaleur pénétrer ses vêtements, s'accrocher à sa peau, faire perler la sueur à sa nuque. Il était à moins d'un mètre d'elle maintenant, assez près pour voir les gouttelettes qui perlaient sur ses cils, assez près pour sentir l'odeur de son savon sur sa peau, assez près pour tendre la main et la toucher.

Il tendit la main.

Ses doigts effleurèrent son épaule, hésitants, presque tremblants. La peau était chaude et humide sous sa paume, lisse sous ses doigts, et il sentit un frisson la parcourir, un frisson qu'elle ne chercha pas à cacher. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, ses lèvres s'entrouvrirent, et elle resta immobile, le souffle court, le regard planté dans le sien.

« Jisung... »

Son nom dans sa bouche, murmuré comme une question, comme une prière, comme un avertissement. Il sentit son cœur manquer un battement, sa main se figer sur son épaule, son souffle se bloquer dans sa poitrine.

« Dis-moi d'arrêter », dit-il, la voix rauque, les mots à peine audibles sous le bruit de l'eau. « Dis-moi d'arrêter, et j'arrête. »

Le silence s'étira entre eux, chargé de tout ce qui n'avait pas été dit, de tous les mois de regards volés et de désirs tus. L'eau coulait sur eux, chaude et régulière, et Jisung sentait la main de Jo se lever lentement, ses doigts effleurer sa joue, sa mâchoire, la nuque où ses cheveux trempés collaient à sa peau.

« Je ne te dirai pas d'arrêter », murmura-t-elle.

Et elle l'attira contre elle.

Le contact de son corps contre le sien fut une déflagration silencieuse. Ses seins s'écrasèrent contre son t-shirt trempé, la chaleur de sa peau traversant le coton comme si le tissu n'existait pas, et Jisung sentit ses bras se refermer autour d'elle par pur réflexe, ses mains trouvant le creux de ses reins, la peau nue et glissante sous ses paumes. L'eau chaude tombait sur eux, martelant ses épaules, ruisselant entre leurs deux corps, et il ne savait plus où finissait la vapeur et où commençait la fièvre qui lui brûlait la poitrine.

« Jo... » Son propre nom lui échappa comme un souffle, un avertissement qu'il n'arrivait même pas à prendre au sérieux. Elle était si proche qu'il sentait ses cils battre contre sa joue, si proche que chaque inspiration la collait un peu plus contre lui, si proche que le parfum de pomme verte et de fleur de tiaré, décuplé par la chaleur et l'humidité, lui montait à la tête comme un alcool trop fort.

Elle ne répondit pas. Ses doigts s'enfoncèrent dans sa nuque, tirant doucement sur ses cheveux trempés, inclinant sa tête vers le bas, et il la laissa faire. Il la laissa faire parce que c'était tout ce qu'il avait envie de faire depuis le premier jour, depuis la première fois qu'elle avait croisé son regard par-dessus la table du petit-déjeuner, depuis la première fois qu'elle avait ri de quelque chose qu'il avait dit — un vrai rire, franc, contagieux — et qu'il avait compris que quelque chose en lui venait de basculer sans retour possible.

« Je peux sentir ton cœur », murmura-t-elle contre sa mâchoire, la voix à peine audible sous le martèlement du jet. « Il bat si fort. »

Il ferma les yeux. La honte et le désir se battaient dans sa poitrine, un duel épuisant qu'il avait perdu d'avance. « C'est à cause de toi. Tout est à cause de toi. »

Elle s'écarta légèrement, juste assez pour le regarder, juste assez pour que la lumière du plafonnier éclaire son visage rougi, ses yeux sombres et brillants, ses lèvres entrouvertes d'où s'échappait un souffle court et régulier. L'eau coulait entre ses seins, traçant un chemin qu'il suivit malgré lui, et il vit ses mamelons durcis par la fraîcheur relative de l'air qui s'engouffrait par la porte ouverte.

« Alors arrête de penser », dit-elle simplement.

Sa main quitta sa nuque, glissa le long de sa joue, de son cou, de sa poitrine, jusqu'au col de son t-shirt trempé. Ses doigts trouvèrent l'ourlet et tiraillèrent, une question silencieuse qu'elle ne formula pas à voix haute, une demande qu'elle lui laissa le soin d'accepter ou de refuser.

Jisung ouvrit la bouche. Aucun son n'en sortit. Tout ce qu'il trouva, ce fut un geste — ses mains qui quittèrent ses reins, qui attrapèrent le bas de son t-shirt, qui le tirèrent par-dessus sa tête d'un mouvement brusque et maladroit qui envoya des gouttelettes voler dans toutes les directions. L'air frais de la salle de bain mordit sa peau moite, mais la chaleur qui émanait de Jo, le regard qu'elle posait sur son torse nu, sur le tatouage qui couvrait son côté gauche, sur celui qui s'étalait sur son pectoral droit, suffit à le réchauffer.

« Je les connais », dit-elle, ses doigts effleurant l'encre sombre de son flanc. « Tu les as montrés à Minho un soir où tu pensais que je dormais. Tu ne les avais pas montrés à moi. »

La phrase le frappa plus fort qu'il ne l'aurait cru. Elle avait remarqué. Elle avait retenu. Tous ces mois où il s'était cru invisible, où il s'était imaginé qu'elle ne voyait que le gamin, le petit ami de son colocataire, l'énergumène qui faisait trop de bruit et pas assez de silence — et elle avait retenu la carte exacte de son corps tatoué.

« Je les ai faits pour moi », dit-il. « Mais je crois que je les ai faits pour toi. Pour que tu les voies. »

Le silence qui suivit fut plus lourd que la vapeur, plus chargé que l'air saturé d'humidité. Jo ne rit pas. Ne détourna pas le regard. Elle laissa ses doigts suivre les contours de l'encre, tracer les lignes des fleurs et des tiges qui grimpaient le long de ses côtes, s'attarder sur la peau sensible qui recouvrait ses muscles tendus.

« Tu es nerveux », constata-t-elle. « Tu trembles. »

Il l'était. Il tremblait comme une feuille, comme un adolescent devant sa première fois, comme s'il n'avait pas vingt-deux ans et des mois de fantasmes accumulés dans les replis de son crâne. « J'ai peur de mal faire. J'ai peur que tu te repentes. J'ai peur que demain matin tu me regardes comme si je n'étais qu'une erreur que tu as faite sous la douche. »

Elle retira sa main. La fraîcheur de son absence lui serra la poitrine, mais elle ne s'éloigna pas. Elle resta là, sous le jet, l'eau ruisselant sur ses épaules et ses seins et ses hanches, et elle le regarda avec cette intensité qui le réduisait à l'essentiel.

« Je ne me repens jamais de ce que je choisis », dit-elle. « Et je te choisis. Je te choisis depuis plus longtemps que tu ne le crois. »

L'eau chaude coulait entre eux, et Jisung sentit quelque chose se dénouer dans sa poitrine, un nœud qu'il portait depuis si longtemps qu'il en avait oublié le poids. Il ne pensait plus à Minho, à ce que son meilleur ami dirait s'il les voyait, à ce que le monde penserait d'eux, à cette différence d'âge qu'on lui avait appris à voir comme un obstacle. Il ne pensait plus à rien, sinon à elle, à la femme qui se tenait nue devant lui et qui le regardait comme s'il était la seule chose qui comptait dans cette pièce saturée de vapeur.

Il l'attira contre lui. Cette fois, ce fut lui qui fit le premier geste, lui qui choisit, lui qui prit ce qu'il avait envie de prendre depuis le premier jour. Ses mains trouvèrent son visage, ses pouces effleurèrent ses pommettes, et il l'embrassa.

Le baiser fut doux. Surprenant de douceur, après toute cette tension accumulée, après ces mois de regards brûlants et de silences chargés. Ses lèvres étaient chaudes et douces sous les siennes, et elle s'abandonna au contact, ses mains remontant le long de son torse pour se nouer derrière sa nuque, l'attirant plus profondément, plus intensément, comme si elle voulait boire tout ce qu'il n'avait jamais osé lui dire.

L'eau tombait sur eux. Le savon coulait le long de leurs corps entrelacés. La musique continuait de hurler quelque chose contre le mur, mais Jisung n'entendait plus que le bruit de sa propre respiration, que le battement de son cœur qui cognait contre les côtes de Jo, que le petit son qu'elle fit quand il approfondit le baiser, quand sa langue vint caresser la sienne, quand il la serra un peu plus fort contre lui.

Elle avait le goût de la pluie et du sel. Elle avait le goût de tout ce qu'il avait imaginé et de rien de ce qu'il avait pu prévoir.

« Jisung », souffla-t-elle contre ses lèvres, et son nom était une question, une promesse, une porte qui s'ouvrait sur un territoire qu'il n'avait jamais osé explorer.

« Dis-moi ce que tu veux », répondit-il, la voix rauque, les mots à peine audibles sous le martèlement de l'eau. « Dis-le-moi, et je te le donnerai. »

Elle s'écarta juste assez pour le regarder, et il vit quelque chose passer dans ses yeux — une hésitation, une fissure, une vulnérabilité qu'elle ne montrait jamais à personne. Puis elle prit sa main et la posa sur sa poitrine, sur son cœur qui battait vite et fort sous sa paume.

« Je veux que tu arrêtes de te demander si tu as le droit », dit-elle. « Je veux que tu arrêtes de penser à ce que Minho dirait, à ce que le monde penserait, à tout ce qui n'est pas ici, maintenant, entre toi et moi. Je veux que tu me touches comme si j'étais à toi, parce que je suis à toi, Jisung. Je l'ai toujours été. »

Le souffle de Jo se bloqua quand ses doigts quittèrent sa poitrine pour suivre le chemin inverse, remontant le long de son cou, de sa mâchoire, jusqu'à ses lèvres qu'il effleura du pouce. L'eau chaude ruisselait entre eux, et il la regardait avec une intensité qui la fit frissonner sous la caresse, ses yeux sombres plongeant dans les siens comme s'il cherchait quelque chose qu'il n'avait jamais osé demander.

« Je te crois », dit-il enfin, la voix rauque, à peine plus qu'un murmure sous le martèlement du jet. « Je te crois parce que je n'ai plus la force de douter. Parce que si je doute encore une seconde, je vais m'effondrer à tes pieds et je ne suis pas sûr de pouvoir me relever. »

Elle ne rit pas. Ne détourna pas le regard. Ses doigts s'enroulèrent autour de son poignet, le serrant doucement, comme si elle voulait l'ancrer, le retenir, l'empêcher de fuir dans les méandres de son anxiété.

« Alors ne doute plus », dit-elle simplement.

Et elle guida sa main vers son dos.

Le contact de sa paume sur sa peau nue, sur les fleurs tatouées qui grimpaient le long de sa colonne vertébrale, fut une révélation. Il avait imaginé ces motifs pendant des mois, les avait étudiés à travers les débardeurs et les encolures échancrées, mais les sentir sous ses doigts, humides et chauds, vivants, c'était différent. C'était comme lire un livre qu'il avait toujours voulu ouvrir, comme traverser un jardin qu'il avait contemplé de loin sans jamais oser y entrer.

« Elles commencent ici », murmura-t-il, son index suivant le contour d'une fleur à la base de sa nuque, là où ses cheveux mouillés collaient à sa peau. « La première fois que je les ai vues, j'ai cru que j'étais en train de rêver. »

« Et qu'est-ce que tu as fait? »

Sa voix était douce, presque curieuse, comme si elle n'avait jamais entendu cette histoire, comme si elle ne savait pas déjà à quel point il l'avait regardée ce jour-là.

« Je suis resté planté comme un idiot, à te regarder te pencher pour attraper un verre dans le placard. Tu portais un débardeur gris, et il remontait un peu quand tu t'étirais. J'ai vu le haut d'une tige, juste un aperçu. Et j'ai passé les trois jours suivants à essayer de recréer le motif dans ma tête. »

Elle rit. Un vrai rire, franc, contagieux, qui lui tordit le ventre et lui fit oublier l'eau froide qui commençait à couler le long de ses jambes. « Tu es un pervers, Jisung. »

« Je sais. » Il sourit, un sourire tremblant, vulnérable. « Mais tu ne m'as pas encore dit d'arrêter. »

Elle ne le dit pas. Elle ne le dirait pas. Il le savait maintenant, avec une certitude qui lui réchauffait la poitrine, qui lui donnait le courage de continuer à explorer, du bout des doigts, le jardin sauvage qui s'épanouissait sur sa peau.

Ses mains suivirent les fleurs qui s'entrelaçaient entre ses omoplates, les pétales sombres qui s'ouvraient comme pour boire l'eau qui ruisselait, les tiges qui s'enroulaient autour de sa colonne vertébrale comme des lianes autour d'un tronc. Il prit son temps. Il voulait tout mémoriser, tout apprendre, tout graver dans sa mémoire comme elle l'avait fait pour ses tatouages, la première fois qu'elle les avait vus.

« Celle-ci », dit-il, son doigt s'arrêtant sur une fleur particulière, au creux de ses reins, là où la courbe devenait plus prononcée. « Elle est différente des autres. »

« C'est un lys », dit-elle. « Mon préféré. »

« Pourquoi? »

Elle tourna la tête, juste assez pour le regarder par-dessus son épaule, et il vit quelque chose passer dans ses yeux, une ombre, un souvenir qu'elle ne montrait pas souvent. « Parce que c'est la première que je me suis fait faire. Après mon divorce. »

Le mot tomba entre eux, lourd et définitif. Il ne savait pas grand-chose de cette période de sa vie, seulement qu'elle avait laissé des traces, des cicatrices invisibles sous les fleurs, une méfiance qu'elle portait comme une armure. Il n'avait jamais osé demander. Il n'avait jamais su comment.

« Elle est belle », dit-il simplement. « Elle est la première d'une longue histoire. »

« Elle est le début de quelque chose de nouveau », corrigea-t-elle doucement. « La fin de quelque chose d'ancien. »

Il ne répondit pas. Il laissa ses doigts suivre la tige du lys, descendre le long de sa colonne, s'attarder sur la peau sensible au creux de ses reins. L'eau chaude coulait sur ses mains, sur ses bras, sur son torse nu, et il sentait la chaleur de son corps contre le sien, la courbe de ses hanches sous ses paumes, le souffle court qui soulevait ses épaules à chaque inspiration.

« Tu trembles encore », dit-elle, sa voix à peine plus qu'un murmure.

« Je sais. » Il rit, un son nerveux, à peine audible sous le bruit du jet. « Je ne crois pas que ça va s'arrêter. Pas tant que tu seras là, nue, sous l'eau, à me laisser te toucher comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. »

Elle se retourna lentement, ses mains remontant le long de ses bras, de ses épaules, jusqu'à sa nuque où elles s'enroulèrent doucement, l'attirant vers elle. Ses seins effleurèrent son torse, la peau chaude et glissante, et il sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine, son cœur cogner si fort qu'il avait l'impression qu'elle pouvait le sentir battre contre sa poitrine.

« C'est naturel », dit-elle. « Ça l'a toujours été. J'ai passé des mois à me dire que c'était une mauvaise idée, que tu étais trop jeune, que tu méritais quelqu'un de moins compliqué, de moins marqué. Et puis j'ai arrêté de me mentir. »

« Qu'est-ce que tu t'es dit? »

« Je me suis dit que j'étais fatiguée de faire semblant. Fatiguée de faire comme si je ne te voyais pas me regarder, comme si je ne sentais pas ton cœur s'emballer quand tu passes près de moi, comme si je n'avais pas envie de toi depuis le premier soir où tu as ri à une de mes blagues. »

Le silence qui suivit fut plus lourd que la vapeur, plus chargé que l'air saturé d'humidité. Jisung sentit sa gorge se serrer, ses yeux picoter, une émotion qu'il n'avait pas nommée depuis des mois lui monter à la poitrine comme une marée.

« Tu aurais pu me le dire », murmura-t-il. « Tu aurais pu me le dire il y a des mois. On aurait pu gagner tout ce temps. »

« Non », dit-elle doucement, ses doigts caressant sa nuque, traçant des cercles lents sur sa peau moite. « Tu n'étais pas prêt. Tu passais ton temps à te cacher derrière ton sarcasme et tes blagues, à faire comme si tes sentiments n'existaient pas. Si je t'avais dit quelque chose avant, tu aurais pris peur. Tu serais parti en courant. »

Il ne pouvait pas le nier. Il l'aurait fait. Il aurait trouvé une excuse, une raison de fuir, une façon de se convaincre qu'il avait mal compris, qu'elle se moquait de lui, qu'il n'était pas à la hauteur.

« Et maintenant? » demanda-t-il.

« Maintenant, c'est toi qui es venu me chercher. C'est toi qui as poussé la porte. C'est toi qui as fait le premier pas. » Elle sourit, un sourire doux, presque tendre, qui lui fit oublier la différence d'âge, les regards de Minho, tout ce qui n'était pas ici, maintenant, entre eux. « Maintenant, je te crois. »

Il l'embrassa encore. Cette fois, le baiser fut plus profond, plus affamé, comme si les mots qu'ils venaient d'échanger avaient brisé une digue, libéré un flot de désir qu'il avait contenu pendant des mois. Ses mains quittèrent ses reins pour remonter le long de son dos, suivre les fleurs tatouées, s'attarder sur la peau sensible entre ses omoplates, et elle s'abandonna au contact, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux trempés, l'attirant plus près, plus profondément, comme si elle voulait disparaître en lui.

L'eau tombait sur eux, chaude et régulière, et il ne savait plus où finissait le jet et où commençait la fièvre qui lui brûlait la peau. Il sentait ses seins pressés contre son torse, ses hanches contre les siennes, la courbe de ses fesses sous ses paumes quand ses mains glissèrent plus bas, suivant les lignes des fleurs qui descendaient le long de ses reins.

« Jisung », souffla-t-elle contre ses lèvres, et son nom était une prière, une promesse, une porte qui s'ouvrait sur un territoire qu'il n'avait jamais osé explorer.

Il répondit en courbant la nuque, ses lèvres quittant les siennes pour descendre le long de sa mâchoire, suivre la courbe de son cou où l'eau s'attardait, où sa peau était si fine qu'il sentait son pouls battre sous sa bouche. Elle inclina la tête, lui offrant plus de terrain, et il en profita pour laisser ses mains redescendre, explorer de nouveau le jardin qu'elle lui avait ouvert, mais cette fois avec une lenteur délibérée, presque rituelle.

« Tu as une fleur ici », murmura-t-il, ses lèvres effleurant la peau juste sous son oreille, « que je n'ai jamais vue. Elle était cachée sous tes cheveux, tous les jours, tous ces mois. »

« C'est un pois de senteur », dit-elle, sa voix tremblant légèrement. « Il sent bon. »

« Comme toi », répondit-il, et il sentit le petit rire qu'elle étouffa contre son épaule, le frisson qui la parcourut quand sa langue suivit le contour de la fleur, un geste qu'il n'avait jamais osé imaginer faire, qu'il accomplissait maintenant avec une audace qui le surprenait lui-même.

Elle se laissa faire, ses mains s'accrochant à ses épaules, et il perçut le changement dans sa respiration, le léger resserrement de ses doigts sur sa peau quand il s'attarda. Il releva la tête, cherchant son regard, et il vit quelque chose dans ses yeux qu'il ne connaissait pas encore — une confiance brute, sans garde, qui lui serra la poitrine plus fort que n'importe quel aveu.

« Jo », dit-il, et son propre prénom lui sembla étranger dans sa bouche, un mot qu'il avait répété des centaines de fois en silence mais qu'il n'avait jamais prononcé avec ce poids-là, « je ne veux pas que ce soit juste une fois. Je ne veux pas que ce soit juste ce soir, sous cette douche, parce que l'occasion s'est présentée. »

Elle ne répondit pas immédiatement. Ses doigts remontèrent le long de sa nuque, s'enfoncèrent dans ses cheveux trempés, et elle l'attira contre elle, front contre front, l'eau ruisselant entre leurs visages. « Qu'est-ce que tu veux, alors? »

« Tout », souffla-t-il, et le mot était trop grand, trop lourd, trop tôt peut-être, mais il ne pouvait plus le retenir, pas maintenant, pas avec elle si proche, pas après des mois à le garder enfermé. « Je veux tout. Je veux savoir ce que c'est que de me réveiller avec toi juste à côté. Je veux savoir ce que c'est que de ne plus avoir à me demander si je peux te toucher. Je veux savoir ce que c'est que d'être à toi, vraiment, sans compter les heures ni les occasions. »

Le silence qui suivit fut peuplé seulement du bruit de l'eau, du souffle de Jo, du battement de son propre cœur qu'il sentait dans sa gorge. Il avait peur d'avoir trop dit, peur d'avoir brisé quelque chose qui venait à peine de naître, mais il ne pouvait pas revenir en arrière, ne pouvait pas faire comme si les mots n'avaient pas été prononcés.

« Tu sais ce que tu demandes? » dit-elle enfin, sa voix douce mais ferme, ses yeux plongeant dans les siens avec une intensité qui le fit se sentir nu sous son regard, plus nu que son corps ne l'était déjà. « Tu sais ce que ça veut dire, de demander ça à quelqu'un comme moi? »

« Je sais que tu as peur », dit-il. « Je sais que tu as des raisons d'avoir peur. Et je sais que je ne suis pas ce que tu avais prévu, que je suis trop jeune, trop impulsif, trop compliqué. Mais je sais aussi que je ne veux pas passer les prochains mois à faire semblant de ne pas te regarder, à faire semblant de ne pas sentir ton parfum partout dans l'appartement, à faire semblant que ce que je ressens pour toi n'est pas la première chose vraie qui me soit arrivée depuis longtemps. »

Elle le regarda longtemps. Assez longtemps pour que l'eau commence à tiédir, pour que la vapeur se dissipe un peu, pour que le monde extérieur — la musique qui s'était arrêtée depuis un moment, l'appartement silencieux, Minho absent — revienne doucement à la périphérie de leur bulle. Et puis elle sourit, un sourire différent de ceux qu'il avait vus jusqu'ici, plus vulnérable, plus hésitant, comme si elle n'était pas sûre de laisser ce visage-là exister.

« Tu es un problème, Jisung Park », dit-elle. « Tu es un problème que je n'avais pas prévu d'avoir. »

« Est-ce que c'est une mauvaise chose? »

« Je ne sais pas encore. » Elle passa ses mains sur ses épaules, descendit le long de ses bras, jusqu'à ses poignets qu'elle saisit doucement, les guidant vers ses hanches. « Mais je suis prête à le découvrir. »

Il sentit ses doigts s'enfoncer dans sa chair, la chaleur de sa peau sous ses paumes, et il comprit que c'était une invitation — pas juste à continuer ce qu'ils faisaient, mais à continuer ce qu'ils venaient de commencer, cette chose fragile et terrifiante qui n'avait pas encore de nom. Il se pencha pour l'embrasser encore, mais elle détourna la tête, ses lèvres frôlant sa joue au lieu de sa bouche.

« Pas encore », murmura-t-elle. « J'ai besoin de te regarder. Juste une seconde. »

Elle recula d'un pas, l'eau coulant toujours entre eux, et elle le regarda — vraiment, pleinement, des pieds à la tête, comme si elle le voyait pour la première fois. Lui, debout sous la douche, trempé, tremblant, avec ses tatouages qui suivaient ses côtes et sa poitrine, avec son désir évident qu'il ne cherchait plus à cacher, avec cette vulnérabilité qu'il n'avait jamais montrée à personne d'autre qu'à elle.

« Tu es beau », dit-elle simplement, et le mot le frappa comme un coup, parce qu'il ne s'y attendait pas, parce qu'il avait passé sa vie à se sentir trop mince, trop nerveux, trop dans sa tête pour être beau, parce que c'était elle qui le disait, elle qui le voyait, elle qui choisissait de rester là, sous l'eau, à le regarder comme s'il était la seule chose qui comptait dans la pièce.

« Toi aussi », répondit-il, et c'était faible, c'était loin de ce qu'il voulait dire, mais les mots lui manquaient quand il la regardait — petite, tatouée, les cheveux collés en mèches sombres sur son visage, les seins hauts et fermes, les hanches marquées par les années et les épreuves, l'histoire qu'elle portait sur sa peau comme un livre ouvert qu'il n'avait pas fini de lire.

Elle rit, un petit rire qui n'avait rien de moqueur, et elle revint vers lui, se pressant contre son corps, ses bras s'enroulant autour de sa taille, sa joue contre sa poitrine. Il sentit ses cils battre contre sa peau, son souffle chaud sur son sternum, et il la tint, simplement, ses bras autour d'elle, l'eau ruisselant sur eux comme une bénédiction qu'il n'avait pas méritée.

« Ça fait longtemps que je n'ai pas fait ça », dit-elle, sa voix étouffée contre sa peau. « Longtemps que je n'ai pas laissé quelqu'un me toucher sans me demander ce qu'il voulait en retour. »

« Je ne veux rien en retour », dit-il. « Je veux juste toi. Comme tu es. Maintenant. »

Elle releva la tête, ses yeux brillants sous l'eau, et elle le regarda avec une expression qu'il ne savait pas déchiffrer — quelque chose entre la surprise et l'incrédulité, comme si elle n'avait pas l'habitude d'entendre ce genre de mots, comme si elle n'y croyait pas tout à fait. Il laissa ses mains remonter le long de son dos, suivre les fleurs qu'il commençait à connaître, et il se pencha pour l'embrasser — doucement, cette fois, sans la faim qui l'avait poussé plus tôt, juste pour le goût, juste pour le temps.

Elle répondit au baiser, ses lèvres s'ouvrant sous les siennes, et il sentit le changement dans son corps, le relâchement de ses épaules, la façon dont elle s'abandonnait à lui, non pas comme une conquête mais comme une confiance. Il approfondit le baiser lentement, ses mains s'attardant sur ses reins, et quand elle frissonna, ce n'était pas de froid — l'eau était toujours chaude — mais de quelque chose d'autre, quelque chose qu'il avait éveillé et qu'il ne voulait pas laisser retomber.

« Jisung », murmura-t-elle contre ses lèvres, et cette fois son nom n'était pas une prière mais une question, une hésitation, un dernier rempart qu'elle ne savait pas si elle devait laisser tomber.

« Je suis là », dit-il. « Je ne vais nulle part. »

Elle le regarda encore, cherchant quelque chose dans ses yeux, et il soutint son regard sans broncher, sans détourner la tête, sans se cacher derrière une blague ou un sarcasme. Il était là, entièrement là, trempé et tremblant et terrifié et plus vivant qu'il ne l'avait été depuis des années, et il voulait qu'elle le voie, qu'elle le sache, qu'elle comprenne que ce n'était pas un caprice, pas une aventure, pas une façon de passer le temps.

« D'accord », dit-elle enfin, et le mot était simple, mais il portait un poids qu'il n'avait pas anticipé. « D'accord. »

Et elle guida sa main entre eux, la posant sur sa poitrine, là où son cœur battait fort et vite sous sa paume, comme pour lui dire: voilà, c'est à toi si tu en veux. Il sentit les battements sous ses doigts, rapides et irréguliers, et il comprit qu'elle n'était pas aussi calme qu'elle le paraissait, qu'elle avait aussi peur que lui, qu'elle choisissait de lui faire confiance malgré tout ce qui aurait dû la pousser à fuir.

Il laissa sa main glisser de sa poitrine, descendre le long de son ventre, s'attarder sur la peau douce au-dessus de son nombril, et il vit ses yeux s'assombrir, son souffle se raccourcir. Il n'avait jamais été aussi conscient de chaque mouvement qu'il faisait, de chaque centimètre de peau qu'il touchait, de chaque réaction qu'il provoquait chez elle.

« Dis-moi si tu veux que j'arrête », dit-il, sa voix rauque, à peine plus qu'un murmure. « Dis-le-moi et j'arrête. Je te le promets. »

Elle secoua la tête, ses mains s'accrochant à ses épaules, et elle attira son visage vers le sien, ses lèvres frôlant les siennes quand elle parla. « Je ne veux pas que tu arrêtes. Je veux que tu continues. Je veux que tu me montres ce que tu as imaginé tous ces mois. »

Le sang lui martelait les tempes. Il avait imaginé ça, bien sûr, dans les moments les plus sombres, quand il était seul dans son lit et qu'il n'arrivait pas à dormir, quand il entendait Jo bouger dans la pièce à côté et qu'il ne pouvait pas faire semblant de ne pas la désirer. Mais l'imagination n'avait rien à voir avec la réalité — avec sa peau chaude sous ses doigts, avec le son de sa respiration quand il la touchait, avec la façon dont elle le regardait comme s'il était la seule chose qui existait dans le monde.

Il se pencha pour l'embrasser, et cette fois le baiser était différent — plus lent, plus profond, plus intentionnel. Ses mains exploraient son corps pendant que leurs langues se cherchaient, apprenant les courbes et les creux, les endroits où elle frissonnait, les endroits où elle se pressait plus près. Il sentait son désir monter, pressant contre son ventre, et il savait qu'elle le sentait aussi, qu'elle ne pouvait pas ne pas le sentir, mais elle ne recula pas, ne rit pas, ne fit pas de commentaire.

Elle fit quelque chose de mieux. Elle laissa sa main glisser entre eux, ses doigts effleurant sa hampe, et il dut s'accrocher à ses épaules pour ne pas s'effondrer sous la caresse. « Je te veux », dit-elle simplement, et les mots étaient si directs, si dépourvus de détour, qu'il en oublia de respirer. « Je te veux maintenant, ici, sous cette douche, comme j'aurais dû te vouloir il y a des mois. »

Il la souleva sans réfléchir, ses mains trouvant ses cuisses, la guidant contre lui, et elle poussa un petit cri de surprise qui se transforma en rire, un rire qui lui fit chaud au cœur. Ses jambes s'enroulèrent autour de sa taille, ses bras autour de son cou, et il la tint contre lui, l'eau ruisselant sur eux, la chaleur de son corps contre le sien, le poids de ce qu'ils étaient en train de faire — de ce qu'ils étaient en train de devenir — pesant sur ses épaules comme une promesse qu'il ne savait pas s'il était capable de tenir.

« Tu es sûr? » demanda-t-elle, ses yeux cherchant les siens, ses doigts caressant sa nuque. « Tu es sûr de vouloir ça? De vouloir moi? »

Il la regarda, cette femme qu'il avait désirée pendant des mois, cette femme qui le tenait maintenant comme s'il était fragile, cette femme qui lui demandait s'il était sûr alors que c'était elle qui avait le plus à perdre. Et il sourit, un vrai sourire, sans protection, sans ironie, et il dit: « Je n'ai jamais été aussi sûr de rien de ma vie. »

Elle prit sa main, celle qui reposait encore sur sa hanche, et la guida lentement vers le bas. Il sentit ses doigts frôler la peau douce de son ventre, suivre la ligne fine de poils qui descendait sous son nombril, et son cœur cessa de battre un instant quand il comprit où elle l'emmenait.

« Ici », murmura-t-elle, sa voix à peine audible sous le bruit de l'eau. « Je veux que tu apprennes. »

Ses doigts rencontrèrent sa chaleur, ses lèvres humides, et il sentit le souffle de Jo se coincer dans sa gorge quand il la toucha enfin — vraiment, pleinement, sans l'écran de ses rêves ou de son imagination. Elle était chaude, incroyablement chaude sous l'eau, les plis de sa chair glissant sous ses doigts comme un secret qu'elle lui confiait.

« Oh », souffla-t-il, et le mot était stupide, insuffisant, mais c'était tout ce qu'il pouvait produire alors qu'il la sentait s'ouvrir sous sa main.

Elle rit doucement, un son vibré contre son cou, et ses doigts s'enfoncèrent dans ses cheveux trempés. « C'est tout ce que tu trouves à dire? »

« Tu es… » Il chercha le mot, le perdit, le retrouva trop tard. « Je n'ai jamais fait ça. Pas comme ça. Pas avec quelqu'un que je… »

« Que tu quoi? »

Il releva la tête, la regarda, et il vit qu'elle souriait — un sourire tendre, presque taquin, qui lui fit chaud au ventre. « Que je regarde depuis des mois sans oser te toucher. »

Elle inclina la tête, ses yeux s'assombrissant, et elle pressa sa main plus fort contre elle, un encouragement muet qui lui coupa le souffle. Il laissa ses doigts explorer, apprendre les contours de son corps, la façon dont elle bougeait contre sa paume, la façon dont son souffle s'accélérait quand il trouvait le bon endroit.

« Là », dit-elle, sa voix rauque. « Encore. »

Il obéit, son pouce traçant un cercle lent, et il la sentit trembler contre lui, ses jambes se resserrant autour de sa taille. L'eau ruisselait entre eux, chaude et insistante, mais rien n'était plus chaud que sa peau sous ses doigts, plus vivant que les battements de son cœur qu'il sentait contre sa poitrine.

« Tu es sûr que tu n'as jamais fait ça? » demanda-t-elle, sa voix à peine plus qu'un souffle.

« J'ai fait des trucs », dit-il, ses doigts continuant leur exploration, apprenant chaque pli, chaque creux, chaque endroit où elle frissonnait. « Mais jamais avec quelqu'un que je voulais vraiment connaître. Jamais avec quelqu'un que je voulais garder. »

Elle ne répondit pas, mais ses doigts s'enfoncèrent dans ses épaules, et il sentit le changement dans son corps, le relâchement de ses hanches, la façon dont elle s'ouvrait à lui un peu plus à chaque caresse. Il glissa un doigt en elle, lentement, et elle poussa un gémissement sourd contre son cou, le son se perdant sous le bruit du jet d'eau.

« Jisung », dit-elle, et son nom était un fil tendu, une corde qui vibrait.

« Je suis là », dit-il encore, les mots qu'il avait répétés plus tôt, mais cette fois ils portaient un poids différent, une promesse qu'il ne comprenait pas tout à fait mais qu'il était prêt à tenir.

Il bougea son doigt en elle, lentement, apprenant son rythme, la façon dont son corps répondait au sien, et il la regarda — vraiment, pleinement — pendant qu'elle s'abandonnait entre ses mains. Ses yeux étaient fermés, ses lèvres entrouvertes, l'eau ruisselant sur son visage comme des larmes qu'elle ne pleurait pas, et il n'avait jamais rien vu d'aussi beau que cette femme qui lui faisait confiance.

« Ouvre les yeux », dit-il doucement. « Je veux que tu me regardes. »

Elle les ouvrit, lentement, et il vit le désir brut dans son regard, la vulnérabilité qu'elle ne cherchait plus à cacher. « Tu es exigeant », murmura-t-elle.

« Avec toi, oui. » Il ajouta un deuxième doigt, sentant sa résistance, sa chaleur, la façon dont elle s'adaptait à lui. « Je veux tout voir. Tout savoir. Je ne veux rien manquer de toi. »

Elle frissonna, un tremblement profond qui parcourut tout son corps, et elle cacha son visage dans son cou, ses dents mordant doucement sa peau. « Tu vas me tuer », dit-elle, sa voix étouffée.

« Pas avant d'avoir fini de t'apprendre à quel point tu es désirée. »

Il sentit le rire qui la secoua, le frisson qui la parcourut, et il continua — ses doigts bougeant en elle avec une lenteur délibérée, son pouce trouvant le petit bouton de chair qui la fit gémir, sa bouche suivant la courbe de son cou, laissant des marques qu'il espérait voir le lendemain.

« Jisung », dit-elle encore, et cette fois son nom était une supplication, une demande qu'il ne savait pas comment honorer.

« Dis-moi ce que tu veux », dit-il, sa voix rauque, à peine plus qu'un murmure. « Je te donnerai tout ce que tu veux. »

Elle releva la tête, ses yeux brillants, ses joues rouges, et elle le regarda avec une intensité qui le fit se sentir nu sous son regard. « Je veux que tu me fasses jouir », dit-elle, sans détour, sans honte. « Je veux que tu me regardes quand je jouis. Je veux que tu voies ce que tu me fais. »

Les mots le frappèrent comme un coup, le désir montant en lui comme une marée qu'il ne pouvait plus contrôler. Il pressa son pouce plus fort contre elle, ses doigts bougeant plus vite, et il la regarda — vraiment, pleinement, sans détourner les yeux — pendant qu'elle se défaisait entre ses mains.

Son corps se tendit, ses doigts s'enfonçant dans ses épaules, et il vit le moment exact où elle bascula — ses yeux s'élargissant, sa bouche s'ouvrant sur un cri silencieux, son corps entier se serrant autour de ses doigts comme si elle voulait le garder en elle pour toujours. Il la tint, la regarda, la vit jouir entre ses mains, et il n'avait jamais rien vu d'aussi intime, d'aussi vrai, d'aussi sacré.

« Voilà », dit-il doucement, ses doigts ralentissant, la laissant redescendre lentement. « Voilà ce que je voulais voir. »

Elle resta un long moment contre lui, son souffle chaud contre sa peau, ses jambes tremblantes autour de sa taille. Puis elle releva la tête, et il vit quelque chose dans ses yeux qu'il n'avait jamais vu chez personne — une tendresse brute, sans défense, qui lui serra la poitrine plus fort que n'importe quel aveu.

« Tu es dangereux », dit-elle, sa voix encore rauque. « Tu es dangereux pour moi, Jisung Park. »

« Je ne veux pas te faire de mal », dit-il. « Je veux juste… » Il chercha les mots, les perdit, les retrouva trop tard. « Je veux juste être là. Pour toi. Aussi longtemps que tu me laisseras. »

Elle le regarda longtemps, l'eau ruisselant entre eux, le silence peuplé seulement de leurs souffles et du bruit du jet. Et puis elle sourit — un sourire différent de ceux qu'il avait vus jusqu'ici, plus doux, plus vulnérable, comme si elle laissait tomber un rempart qu'elle avait passé des années à construire.

« D'accord », dit-elle. « Reste. »

Elle glissa ses jambes le long de son corps, ses pieds touchant le sol de la douche, et elle se tint devant lui, l'eau ruisselant sur eux, ses mains remontant le long de son torse. Elle s'arrêta sur son tatouage pectoral, ses doigts suivant les lignes sombres, et elle le regarda avec une expression qu'il ne savait pas déchiffrer.

« Celui-là », dit-elle, ses doigts traçant la courbe de l'encre. « Tu ne me l'avais jamais montré. »

« Tu ne m'avais jamais demandé de le voir », dit-il, sa voix à peine plus qu'un murmure.

« Je te demande maintenant. » Ses doigts suivirent les lignes, chaque courbe, chaque ombre, et il sentit le frisson qui le parcourut à son contact. « Raconte-moi. »

Il n'avait jamais parlé de ses tatouages à personne, jamais expliqué les dessins qu'il portait sur sa peau comme des cicatrices qu'il avait choisies. Mais avec Jo, les mots venaient facilement, comme si elle avait trouvé la clé d'une porte qu'il gardait fermée depuis toujours.

« Ma mère », dit-il, ses doigts suivant les siennes sur sa poitrine. « Elle aimait les oiseaux. Elle disait qu'ils étaient libres, qu'ils ne restaient jamais là où on les mettait. Elle est partie quand j'avais douze ans. Pas morte — partie. Un jour elle était là, le lendemain elle ne l'était plus. »

Les doigts de Jo s'arrêtèrent, se posant à plat sur son cœur. « Je suis désolée », dit-elle doucement.

« C'est le corbeau », dit-il, ignorant le poids de sa sympathie. « Parce qu'il est fidèle. Parce qu'il reste. Parce qu'il ne part pas, même quand tout le monde s'en va. »

Elle le regarda longtemps, ses yeux plongeant dans les siens, et il sentit le poids de son regard comme une main sur sa peau. « Tu es resté », dit-elle. « Tous ces mois, tu es resté. Même quand je n'étais pas facile à vivre. Même quand Minho et moi on se disputait pour un oui ou pour un non. Tu es resté. »

« Je n'avais nulle part où aller », dit-il, un sourire au coin des lèvres.

« Tu aurais pu partir. Tu aurais pu trouver un autre appartement, d'autres colocs, une vie plus simple. » Elle secoua la tête, ses doigts remontant le long de son cou, s'enfonçant dans ses cheveux trempés. « Mais tu es resté. »

Il ne savait pas quoi dire, alors il ne dit rien. Il la prit dans ses bras, simplement, ses mains s'appuyant sur ses reins, et il la tint contre lui, l'eau ruisselant sur eux comme une bénédiction dont il n'avait jamais osé rêver.

« Je suis fatiguée de me battre », dit-elle contre sa poitrine, sa voix étouffée par sa peau. « Fatiguée de faire semblant que je ne te regarde pas quand tu entres dans la pièce. Fatiguée de me dire que ça ne marcherait pas, que t'es trop jeune, que j'ai trop de bagages. »

« Je ne suis pas si jeune », dit-il doucement.

« Tu as dix ans de moins que moi », dit-elle, relevant la tête pour le regarder. « Dix ans. Ça ne te fait rien? »

« Ça me fait quelque chose », dit-il honnêtement. « Ça me fait que tu as vécu des choses que je ne comprendrai jamais. Ça me fait que tu as des cicatrices que je ne pourrai jamais effacer. Mais ça ne me fait pas vouloir partir. Ça me fait vouloir rester encore plus. »

Elle le regarda longtemps, et il vit les larmes qui montaient à ses yeux, qu'elle cligna rapidement, refusant de les laisser couler. « Tu es un problème, Jisung Park », dit-elle, sa voix tremblante. « Tu es un problème que je n'avais pas prévu d'avoir. »

« Tu l'as déjà dit », dit-il, un sourire au coin des lèvres.

« Je le pense encore. » Elle rit, un petit rire humide, et elle s'essuya les yeux d'un revers de main. « Je ne suis pas douée pour ça. Pour laisser quelqu'un entrer. Pour faire confiance. Je suis douée pour repousser les gens avant qu'ils ne puissent me repousser. »

« Je ne te repousserai pas », dit-il. « Je ne partirai pas. Pas comme ta mère. Pas comme tous ceux qui sont partis avant. »

Elle le regarda, et il vit la lutte dans ses yeux — le désir de croire, la peur d'être déçue, l'espoir qu'elle n'osait pas nommer. Il la prit par la main, la guida vers le jet d'eau, et il la tint sous l'eau chaude, ses mains suivant les fleurs de son dos, chaque pétale, chaque épine.

« Je ne te demande pas de me croire tout de suite », dit-il doucement. « Je te demande juste de me laisser essayer. De me laisser te montrer que les gens peuvent rester. »

Elle ne répondit pas, mais elle se tourna, lui présentant son dos, et il comprit — elle lui offrait ses tatouages, les histoires qu'elle portait sur sa peau comme un livre qu'elle n'avait jamais laissé personne lire. Il suivit chaque fleur du bout des doigts, chaque tige, chaque épine, chaque pétale, et il sentit le frisson qui la parcourut à chaque caresse.

« Celle-là », dit-il, ses doigts s'arrêtant sur une fleur au creux de ses reins, juste au-dessus de la courbe de ses fesses. « Raconte-moi. »

Elle resta silencieuse un long moment, l'eau ruisselant sur son dos, ses épaules se levant et s'abaissant au rythme de sa respiration. Puis elle dit, sa voix à peine plus qu'un murmure: « C'est un coquelicot. Pour l'oubli. »

« L'oubli de quoi? »

« D'une vie que j'ai laissée derrière moi. D'un homme qui m'a fait du mal. D'une version de moi que je ne veux plus être. » Elle se tourna, ses yeux cherchant les siens, et il vit la douleur dans son regard, la vulnérabilité qu'elle ne montrait à personne. « Le coquelicot, c'est pour oublier. Pour laisser derrière soi ce qui ne peut pas être changé. »

Il ne dit rien. Il ne pouvait pas dire grand-chose — il n'avait pas les mots, pas l'expérience, pas la sagesse nécessaire pour répondre à ce genre de confession. Alors il fit la seule chose qu'il savait faire: il la prit dans ses bras, la tint contre lui, et il la laissa pleurer contre sa poitrine, l'eau ruisselant sur eux comme des larmes qu'ils partageaient.

« Je suis désolé », dit-il enfin. « Je suis désolé que quelqu'un t'ait fait du mal. Je suis désolé que tu aies dû porter ça toute seule. »

« Je ne suis plus seule », dit-elle, sa voix étouffée contre sa peau. « Pas si tu restes. »

« Je reste », dit-il, et les mots étaient simples, mais il les sentait dans sa poitrine, dans ses os, dans chaque fibre de son être. « Je reste, Jo. Aussi longtemps que tu me laisseras. »

Elle releva la tête, ses yeux rouges, ses joues humides, et elle sourit — un sourire fragile, hésitant, mais un sourire quand même. « Tu sais que Minho va nous tuer, hein? »

Il rit, un rire surpris qui lui échappa avant qu'il ne puisse le retenir. « Minho ne nous tuera pas. Il nous détestera peut-être, mais il ne nous tuera pas. »

« Il va faire pire », dit-elle, un éclat dans les yeux. « Il va faire des commentaires. Pendant des semaines. »

« On peut le faire taire », dit-il, un sourire au coin des lèvres. « Ou on peut l'ignorer. »

« Ou on peut déménager et ne jamais lui reparler », dit-elle, et il vit le rire dans ses yeux, la légèreté qui revenait, la Jo qu'il connaissait — sarcastique, taquine, plus dure qu'elle ne voulait le paraître.

« J'aime mieux cette option-là », dit-il, la serrant contre lui. « Toi et moi, quelque part où personne ne nous connaît, où personne ne peut nous juger. »

Elle le regarda, et il vit la douceur dans ses yeux, la tendresse qu'elle ne montrait à personne d'autre. « C'est une belle promesse », dit-elle doucement. « J'espère que tu la tiendras. »

« Je la tiendrai », dit-il. « Je te le promets. »

Elle ne répondit pas, mais elle se hissa sur la pointe des pieds et l'embrassa — un baiser doux, lent, plein de tout ce qu'ils n'avaient pas encore dit, de tout ce qu'ils n'osaient pas encore nommer. Il répondit au baiser, ses mains remontant le long de son dos, s'enfonçant dans ses cheveux trempés, et il se perdit en elle, dans le goût de sa bouche, dans la chaleur de sa peau, dans la promesse de tout ce qui venait de commencer.

Quand ils se séparèrent, l'eau commençait à tiédir, la vapeur à se dissiper. Le monde extérieur — la musique qui s'était arrêtée depuis longtemps, l'appartement silencieux, Minho absent — revenait doucement à la périphérie de leur bulle, mais ils ne le laissèrent pas entrer. Ils restèrent sous l'eau, enlacés, les doigts de Jo traçant des motifs sur sa peau, le souffle de Jisung chaud contre son cou.

« On devrait peut-être sortir », dit-elle enfin, sa voix à peine plus qu'un murmure. « L'eau va finir par devenir froide. »

« Dans une minute », dit-il, la serrant plus fort contre lui. « Encore une minute. »

Elle rit doucement, un son vibré contre sa poitrine, et elle resta dans ses bras, ses doigts suivant les lignes de son tatouage pectoral, le corbeau qu'il portait sur sa peau comme une promesse qu'il s'était faite à lui-même. « Tu sais », dit-elle, sa voix douce, « je crois que je pourrais m'habituer à ça. »

« À quoi? »

« À être tenue. À être désirée. À être regardée comme tu me regardes. » Elle releva la tête, ses yeux cherchant les siens, et il vit la vulnérabilité dans son regard, l'espoir qu'elle n'osait pas nommer. « Ça fait longtemps que je n'ai pas senti ça. Longtemps que je n'ai pas senti que quelqu'un me voyait vraiment. »

« Je te vois », dit-il, ses doigts caressant sa joue. « Je te vois, Jo. Et je ne détournerai pas les yeux. »

Elle sourit, un sourire tremblant, et elle posa sa main sur la sienne, la pressant contre sa joue. « D'accord », dit-elle. « D'accord. »

Elle laissa sa main glisser de sa joue, descendre le long de son cou, de sa poitrine, de son ventre, et elle la guida entre eux, ses doigts s'enroulant autour de sa hampe, chaude et dure sous sa paume. Il sentit le souffle lui manquer, le désir monter en lui comme une marée, et il la regarda, cherchant la permission dans ses yeux.

« Je veux te rendre la pareille », dit-elle, sa voix rauque, ses doigts bougeant lentement le long de sa hampe. « Je veux te montrer ce que tu me fais. »

Il laissa sa tête retomber contre le carrelage, les yeux fermés, le souffle court, et il la laissa faire. Ses doigts étaient sûrs, expérimentés, et il sentit le plaisir monter en lui comme une vague, chaque caresse le rapprochant du bord. Il n'avait jamais été aussi vulnérable, aussi exposé, aussi nu — pas seulement physiquement, mais dans tout ce qu'il ressentait, tout ce qu'il voulait, tout ce qu'il espérait.

« Regarde-moi », dit-elle doucement, ses doigts ralentissant. « Je veux que tu me regardes quand tu jouis. »

Il ouvrit les yeux, la regarda, et il vit tout — ses yeux brillants, ses joues rouges, la tendresse dans son regard, la promesse dans son sourire. Et il bascula, son corps entier se tendant, sa tête retombant en arrière, le plaisir le traversant comme un éclair.

« Jo », dit-il, son nom une prière, une promesse, une porte qui s'ouvrait sur un territoire qu'il n'avait jamais osé explorer.

Elle le tint pendant qu'il jouissait, ses doigts doux, ses yeux ne quittant pas les siens, et il se sentit tomber — non pas dans le vide, mais dans elle, dans la chaleur de son regard, dans la promesse de tout ce qui venait de commencer.

Quand il rouvrit les yeux, elle souriait, un sourire doux, satisfait, qui lui fit chaud au cœur. « Voilà », dit-elle doucement. « Voilà ce que je voulais voir. »

Il rit, un rire essoufflé, et il l'attira contre lui, la serrant dans ses bras, l'eau ruisselant sur eux. « Tu es incroyable », dit-il, sa voix encore rauque. « Tu sais ça? »

« Je commence à le croire », dit-elle, son visage contre sa poitrine. « Avec toi, je commence à le croire. »

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