L'air de la chambre de Minho était devenu une prison de chaleur moite, saturée de vapeur qui s'infiltrait sous la porte de la salle de bain comme une présence insistante. Il était adossé au mur mitoyen, les omoplates pressées contre le plâtre encore tiède, et chaque vibration qui traversait la cloison lui remontait le long de la colonne vertébrale. Il avait les yeux fermés — pas pour se reposer, mais pour ne pas voir la réalité de sa propre chambre, ce territoire neutre qui lui semblait soudain étranger.
Le bruit de l'eau était constant, un ruissellement presque apaisant, jusqu'à ce qu'une voix le traverse. Un rire — celui de Jo, étouffé par le jet mais indéniablement le sien, ce rire franc et contagieux qu'il entendait chaque matin autour de la cafetière et qu'il feignait de mépriser. Il serra la mâchoire. Puis une autre voix, plus grave, celle de Jisung, qui répondait quelque chose qu'il ne pouvait pas distinguer, mais dont le ton suffisait à lui tordre l'estomac.
Sa main reposait sur sa poitrine, les doigts écartés sur le coton de son t-shirt, comme s'il pouvait contenir ce qui montait en lui. Il avait vingt-huit ans, il était chanteur et danseur, il se contrôlait sur scène devant des centaines de personnes, et pourtant il ne pouvait pas empêcher son propre corps de le trahir. Sa main descendit lentement le long de son ventre, hésitante, incrédule, comme si elle appartenait à quelqu'un d'autre. Il sentait la chaleur de sa propre peau sous ses doigts, la ligne de poils qui descendait de son nombril, et il s'arrêta au bord de son boxer, honteux.
Ce matin, Jo l'avait regardé avec ce regard qu'elle lui réservait toujours — méprisant, agacé, les yeux plissés comme s'il était une tâche qu'elle devait supporter. « Tu pourrais au moins ranger tes chaussures, Minho », avait-elle lancé en passant devant lui dans le couloir, sa traînée de pomme verte et de fleur de tiaré flottant derrière elle comme une insulte. Il avait répliqué quelque chose d'acide, il ne se souvenait même plus quoi, et elle avait haussé les épaules avec cette indifférence qui le rendait fou. Cette femme le détestait, et il le lui rendait bien. C'était simple. C'était clair. C'était tout ce qu'il avait besoin de savoir.
Mais maintenant, adossé à ce mur, le boxer tendu par une érection qu'il n'avait pas demandée, cette certitude vacillait. Un gémissement s'échappa de la salle de bain — celui de Jisung, bas, rauque, presque animal — et Minho sentit son poing se serrer contre le mur à côté de sa hanche. Ses jointures cognèrent le plâtre, un impact sourd et bref, et il laissa échapper un souffle qu'il n'avait pas réalisé qu'il retenait.
« Putain », murmura-t-il dans l'obscurité de sa chambre, le mot à peine plus fort qu'un souffle.
Il avait allumé son téléphone plus tôt, et la lumière tamisée de l'écran affichait encore une heure avancée — deux heures du matin, peut-être plus. Il aurait dû dormir depuis longtemps. Il avait une répétition demain, enfin aujourd'hui, dans quelques heures à peine, et il allait arriver épuisé, les yeux cernés, et Jisung lui demanderait ce qui n'allait pas, et il devrait inventer une excuse plausible, un mensonge qui ne le trahirait pas.
Sa main franchit la ceinture de son boxer. Il ne voulait pas — ou plutôt, il se répétait qu'il ne voulait pas, que ce qu'il ressentait n'était que de la frustration, de la colère, une réaction physiologique à des sons qu'il n'aurait jamais dû entendre. Mais ses doigts se refermèrent autour de lui-même, et il dut mordre l'intérieur de sa joue pour ne pas gémir à son tour. Le mur contre son dos était froid — plus froid qu'avant, ou peut-être était-ce sa peau qui avait chauffé — et le contraste entre la fraîcheur du plâtre et la chaleur de sa propre main lui fit fermer les yeux plus fort.
Les voix de l'autre côté se firent plus distinctes. Il ne comprenait pas les mots — le bruit de l'eau les avalait, les déformait — mais il reconnaissait les intonations. Le rire de Jo, plus bas maintenant, plus intime, un son qu'il n'avait jamais entendu sortir de sa bouche. C'était un rire qu'elle ne lui avait jamais offert, un rire qu'elle réservait à Jisung, à son meilleur ami, à ce garçon de vingt-six ans qui avait réussi là où il n'avait même pas osé essayer.
Sa main bougea plus vite, presque malgré lui, et il laissa sa tête retomber contre le mur, un thud sourd qui se perdit dans le bruit de l'eau. Le parfum de tiaré et de pomme verte s'infiltrait sous la porte, entêtant, envahissant, et il le respira malgré lui, cherchant à le chasser, mais il était partout. Il était dans ses vêtements, dans ses draps, dans sa mémoire — cette odeur qu'il associait aux disputes du matin, aux regards noirs, aux piques acides qu'ils échangeaient comme des armes.
« Je la déteste », souffla-t-il dans le silence de sa chambre, comme un mantra, comme une prière qu'il essayait de se convaincre d'entendre.
Mais sa main continuait, et le son de sa propre respiration devenait plus irrégulier, et il ne pouvait pas arrêter de penser à la façon dont elle avait marché devant lui ce matin, ses cheveux bruns en wolfcut balayant sa nuque, ses petits seins arrogants dessinant une ligne fière sous son t-shirt. Il avait détourné le regard, bien sûr, il l'avait toujours fait, mais il avait enregistré chaque détail — la courbe de son dos, la manière dont ses tatouages floraux semblaient danser sous la lumière du couloir, la façon dont elle avait jeté un regard par-dessus son épaule, ses yeux chocolat pleins de défi.
Un son plus aigu traversa la cloison — un cri étouffé, un gémissement de Jisung qui monta puis se coupa brusquement — et Minho sentit son propre corps se tendre, un frisson qui n'avait rien à voir avec le froid. Il pressa son front contre le plâtre, les yeux fermés, les dents serrées, et sa main s'arrêta net, comme si le son l'avait giflé. Il haletait, la gorge serrée, et il resta là, immobile, le poing toujours enfoncé dans son boxer, honteux et désirant à la fois, incapable de décider ce qu'il ressentait vraiment.
« Qu'est-ce que tu fais? » demanda-t-il tout bas à la pièce vide, à lui-même, à personne.
Il n'y eut pas de réponse. Seulement l'eau, et les murmures, et le bruit doux et insupportable de deux personnes qui se découvraient de l'autre côté d'un mur qu'il ne pouvait pas traverser.
Sa main recommença, plus lente cette fois, comme s'il voulait savourer la honte. Il se détestait pour ça — pour ce besoin qui le rongeait, pour cette envie de prendre ce que Jisung avait, pour cette incapacité à regarder Jo dans les yeux sans ressentir cette étincelle de défi qui n'était peut-être pas que de la haine. Il avait passé des mois à se convaincre que ce n'était que de l'antipathie, que leurs disputes n'étaient qu'une façon de passer le temps, que la tension qui crépitait entre eux quand ils se croisaient dans le couloir n'était que le produit de deux personnalités incompatibles.
Mais maintenant, adossé à ce mur, le souffle court, il ne pouvait plus se mentir. Le son de sa voix à elle — ce rire intime, cette vulnérabilité qu'elle n'avait jamais montrée devant lui — lui serrait la poitrine d'une manière qu'il ne savait pas nommer. Ce n'était pas de la haine. Ça n'avait jamais été de la haine. Mais il ne savait pas quoi faire de cette révélation, alors il la laissa s'enfoncer dans le creux de son ventre, là où la honte et le désir se mêlaient en un nœud serré.
Il entendit un bruit de mouvement — un corps qui glisse sur le carrelage, un murmure étouffé — et il imagina, malgré lui, la scène de l'autre côté du mur. L'eau ruisselant sur la peau tatouée de Jo, les mains de Jisung sur ses hanches, leurs bouches se cherchant sous le jet. Il serra le poing contre le mur, les jointures blanchies, et il laissa échapper un son qui n'était ni un gémissement ni un cri, mais quelque chose entre les deux.
« Arrête », se dit-il, la voix rauque. « Arrête, putain. »
Mais il ne pouvait pas arrêter. Sa main bougeait, et son esprit suivait, et chaque son qui traversait la cloison était une piqûre qui le ramenait à la réalité de ce qu'il ressentait. Le rire de Jo, le souffle de Jisung, le bruit de l'eau qui coulait sur leurs corps — tout cela composait une mélodie qu'il ne pouvait pas chasser, une mélodie qui le hantait et le brûlait à la fois.
Il pensa à demain matin. Il pensa à la façon dont il les verrait — Jo sortant de sa chambre, ses cheveux encore humides, Jisung la suivant de près, un sourire satisfait sur les lèvres. Il pensa aux regards qu'ils échangeraient, aux secrets qu'ils porteraient comme des vêtements invisibles, et il se demanda comment il pourrait les regarder sans qu'ils voient tout ce qu'il avait entendu, tout ce qu'il avait ressenti, tout ce qu'il était devenu au cours de cette nuit interminable.
Le silence retomba enfin dans la salle de bain. Et c'était un silence différent — pas celui de l'eau qui coule, mais celui de deux corps qui se reposent, de souffles qui s'apaisent, de peaux qui se touchent sans mots. Minho resta contre le mur, le front contre le plâtre chaud, la gorge serrée, sa main toujours immobile sous son boxer. Il entendit à peine un murmure d'eau, puis rien. C'était le premier silence complet de la nuit, et il ne répondit pas à le briser.
Il resta là, sans bouger, sans oser respirer trop fort, comme si le moindre son pouvait le trahir. La chaleur de la pièce avait diminué, mais la sienne propre ne l'avait pas quitté — cette chaleur qui montait de son ventre, qui lui brûlait la peau, qui lui rappelait ce qu'il avait fait, ce qu'il avait ressenti, ce qu'il ne pourrait jamais avouer. Le plâtre sous son front était tiède, presque à la température de sa propre peau, et il se demanda si les corps de l'autre côté du mur avaient laissé leur marque, si la cloison garderait la mémoire de cette nuit.
Il retira sa main lentement, avec une lenteur presque douloureuse, et il la laissa retomber le long de son corps, inutile, vide. La honte montait en lui comme une marée, mais le désir n'était pas parti — il était là, tapi dans le creux de son ventre, patient, insistant, refusant de se laisser ignorer. Il n'avait pas fini ce qu'il avait commencé, et son corps le savait, le lui rappelait à chaque battement de cœur, à chaque souffle qui s'échappait de ses lèvres.
Mais il ne pouvait pas continuer. Pas maintenant. Pas avec le silence de l'autre côté du mur qui pesait sur lui comme un jugement. Il resta là, le front contre le plâtre, les yeux fermés, et il écouta sa propre respiration qui s'apaisait lentement, qui reprenait un rythme presque normal. Il compta les battements de son cœur — un, deux, trois, quatre — jusqu'à ce qu'ils ralentissent, jusqu'à ce qu'il se sente presque humain à nouveau.
Un léger bruit traversa la cloison — pas plus loin qu'un pas nu sur le carrelage, ou une porte qui s'ouvrait — et Minho retint son souffle. Il tendit l'oreille, le corps immobile, la main crispée sur le boxer, et il attendit. Mais rien ne vint. Le silence s'allongea, profond, complet, ininterrompu, et il resta là, suspendu dans ce moment qui n'était ni la nuit ni le jour, ni la honte ni le désir, juste un homme adossé à un mur, seul avec ce qu'il avait entendu et ce qu'il ne pourrait jamais dire.

